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Texte libre

Jeudi 6 janvier 2005 4 06 /01 /Jan /2005 00:00

 

 

Sans aucunes nouvelles de moi depuis quelques jours, je m'inquiète...

 

 

 

   (homo habilis)

Par myriam cavana - Publié dans : pour les vivants
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Mercredi 29 décembre 2004 3 29 /12 /Déc /2004 00:00

 

 

 

Par myriam cavana - Publié dans : pour les vivants
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Mardi 28 décembre 2004 2 28 /12 /Déc /2004 00:00

 

Le matin du trois décembre est bien doux pour la saison. Jeanne  s’étire et se demande si cela vaut la peine de se lever. La couleur extérieure indique la nuit. Elle se rappelle alors son rendez vous place  de Rungis. On recherche une vendeuse multicapacités. Peut être correspond-elle au poste. Elle enfile ses bas rouges synonymes de grande occasion, boit un café  trop fort et part en courant. Elle n’a pas pensé à la pluie et c’est toute trempée qu’elle arrive face au grand édifice. Un immense panneau  gris indique «société alpha ». Curieux nom, pense t-elle, Elle emprunte l’ascenseur de verre en faisant bien attention d’atterrir au bon étage, on ne sait jamais. Un couloir sans fin se présente à elle. Les murs sont blancs de marbre. Personne n’est là, pas un bruit, pas un pas, mis à part le son sourd des gouttelettes qui tombent de son manteau en chinchilla. Sa mère le lui a envoyé de Patagonie il y a trois ans. La seule et dernière nouvelle qu’elle ait eu depuis. Ainsi son unique souvenir dégouline à n’en plus finir et  Jeanne se rend soudain compte qu’elle gît dans une flaque noir pétrole au beau milieu du couloir blanc marbre. C’est assez gênant mais personne n’est là pour contempler son embarras, alors ça peut aller. Brusquement, une petite bonne femme apparaît. Son sourire est figé et elle semble étriquée dans son ensemble jaune. Les boutons de sa veste sont d’ailleurs sur le point de craquer. Ses escarpins sont eux aussi minuscules et on distingue des bourrelets violacés  à travers ses bas chair. La femme au sourire tend à Jeanne un formulaire dense. Elle ne dit mot. Jeanne lâche un merci imperceptible et tente tant bien que mal de saisir l’énorme dossier entre son pouce et son index. Elle l’invite, d’un geste de la main, à prendre place dans une minuscule salle avec un tout petit tabouret. La pièce est si exiguë que les genoux de Jeanne effleurent les murs et tracent des lignes gris humide sur la cloison immaculée. Dans son coin, elle remplit paisiblement les cases vierges du dossier de renseignement.

 

Un frisson la réveille. Un instant, elle se demande ce qu’elle fait là  et pourquoi il fait si froid. Elle essaye de se lever de son petit tabouret mais le chinchilla a adhéré retrouvant, peut être, ses lointaines origines. Depuis combien de temps je suis là ? Elle ôte avec difficulté l’encombrante veste et se hisse sur la pointe des pieds pour regarder au dehors à travers la fenêtre microscopique. Le mur d’en face n’est pas noir, c’est qu’il ne fait pas nuit. Subitement, une voix s’élève derrière elle :

-         «Je vous prie de bien vouloir me suivre, on va vous recevoir ».

 C’est la femme étriquée qui a réussit à garder son sourire en prononçant ces mots. Jeanne tente timidement de récupérer son manteau qui est littéralement collé au tabouret. Mais le chinchilla résiste. Elle décide alors dans un élan de bravoure d’embarquer avec elle le tabouret. La femme ne bronche pas.

 

Ainsi, la femme figée, Jeanne, le chinchilla et le tabouret s’en vont à travers l’immensité des couloirs. La traversée n’est pas sans embûches, les regards interrogatifs sont assez difficiles à porter. Les dédales de  galeries s’enchaînent sans logique. On rampe, on saute, on évite les pièges.

 « Au moins, je pourrais retrouver seule la sortie » pense Jeanne, en admirant la longue traînée noirâtre que fait le chinchilla sur son passage. A bout de souffle, Jeanne se retrouve face à une petite porte blindée. C’est le chef, c’est sûr. Le passage s’ouvre lentement devant elle, et le mur qui la sépare de son salaire  (donc de sa nourriture, de son carburant indispensable à sa vie) pli devant ses pas.

 

Le bureau du monarque est rouge sang. Il y a pleins d’aquariums avec des poissons tropicaux, des poissons ressemblant à des petits requins, des algues rouges et jaunes. L’oxygène inonde les bassins tandis que la pièce se noie dans une chaleur sèche de radiateur. PLOUF PLOUF, Jeanne émerge. Ce n’est qu’en entendant une voix terrestre qu’elle commence à présumer l’existence d’un individu dans la même pièce qu’elle. Un homme grenouille surgit de l’océan. Avec son gros cigare, il reproduit à merveille les bulles aquatiques de ses congénères.

 

-  « Mademoiselle Jeanne je présume ? ! »

 

-  « Oui, effectivement c’est elle-même, j’admire votre perspicacité Monsieur …

 

- « Monsieur De Monsart, Charles. Charles De Monsart, en deux mots. Mais, appelez-moi Rick c’est plus sympa, hein ?

Bon, asseyez-vous mademoiselle.

 Rick lui désigne un siège à accoudoirs en peau de caribou. Il lui tend la main cherchant à lui faire comprendre qu’il désirerait vivement saisir le formulaire qu’elle a rempli.

 

- Tenez monsieur, mais à la question ««pourriez vous être potentiellement heureuse »,  je n’ai pas su quoi répondre.

 

-         Ce n’est pas grave du tout mademoiselle, dit Rick en lâchant une grosse bulle noirâtre, ce qui m’intéresse c’est la question n°111. Elle est cachée exprès pour être sûr que le candidat ne fraude pas. Rick s’arrête soudain de parler et tourne la tête de trois quarts en fermant légèrement les yeux de sorte qu’il ait l’air d’une vraie baudroie abyssale. Et, en se penchant :

 

- Vous savez ce que je pense de la fraude chère demoiselle ?

 

« Qu’est-ce c'est que cette question 111…, «vous arrive -t-il de penser ? », Non ou est ce plutôt «citez vos quatre plats norvégiens favoris. » Non plus… »Jeanne fronce les sourcils et tente de se concentrer du mieux qu’elle peut. Les questions existentielles contre lesquelles elle s’est battue dans la misérable salle d’attente défilent telles un bataillon après la bagarre et la Bérézina victorieuse surgit  du fin fond des steppes.

 

- Et bien voyez-vous, la fraude est nécessaire mais pas pour celui qui la subit. Il faut être un fin stratège pour ne pas la subir, et voyez-vous Jeanne, vous permettez que je vous appelle Jeanne ? ,Voyez-vous, dans mon humble existence je pense ne pas avoir été une seule fois une victime. La victime m’est nécessaire puisqu’elle me permet d’exercer ma fraude. Vous me suivez ?

J’ai connu un certain Karl Von Frisch, il avait décodé le langage des abeilles, nous parlâmes une nuit entière, puis au petit matin, au moment le plus intime et le plus étrange de la journée, il m’avouât que son plus grand malheur était d’ignorer le langage des hommes ! Qu’elle faiblesse, qu’elle pitié j’eus alors ce jour là, croyez-moi. Lorsque nous nous séparâmmes le lendemain, il insista pour m’offrir une lasioglossum du Brésil, une espèce rare paraît-il. Moi, nécessairement, je ne lui offris rien.

Pause

La pièce grenat se resserre sous le regard attentif des poissons qui semblent de plus en plus nombreux. Ils sortent, de derrière des petits rochers ou de derrière les algues ou changent de couleur, sans doute excités par le discours du roi.

 

- Sommes-nous libres mademoiselle ? Sommes-nous des êtres de chair et de sang doués de raison ou est ce que ce que je suis entrain de vous dire n’est que vent et mirage ? Sommes-nous tout cela  en même temps ?

 

Jeanne hoqueta. Elle venait de se souvenir de la question n°111. Elle avait frissonné en la lisant.

 

- La carrière d’un homme est-elle guidée par son instinct ou par une main extérieure qu’il serait adéquat d’appeler Dieu ?

 

Jeanne frissonnait de plus belle. Elle suait de tous ses pores et le chinchilla commençait à coller au caribou. Son crâne regorgeait de poissons multicolores d’abeilles Sphecodes ou trigona. Un zoo infernal cavalait et s’entre-tuait dans sa caboche d’hominidé. La boite de pandore était ouverte.

 

Elle se leva lentement  et se dirigeât vers la porte.

 

- Je présume que vous partez ?

 

- C’est exact Rick, ça ne peut pas marcher entre nous.

 

- Vous accepterez bien un modeste cadeau avant de me quitter ?

Avant qu’elle n’ait pu dire un mot, Jeanne se retrouvât avec une large boite rectangulaire rouge fourrure entre les mains.

 

- Je vous remercie, balbutia t-elle en sortant. Elle partit en courant.

 

Ce n’est qu’arrivée dans l’ascenseur, 27 minutes exactement après être sortie du bureau de l’homme grenouille, essoufflée par sa longue cavalcade dans des couloirs trop propres, qu’elle se résolut à ouvrir la boite.

 Un poisson à l’air triste y gisait. Son épitaphe indiquait :

 

     « Orestias cuvieri, disparu du Titicaca en 1937 ».

 

Elle esquissa son premier sourire de la journée.

 

 

Par myriam cavana - Publié dans : aventure
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